L'accès à internet n'est pas un droit de l'Homme

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C'est la position de Vint Cerf. Une position d'autant plus suprenante que Vint Cerf est considéré comme l'un des pères fondateurs d'internet et est l'évangéliste internet de Google.

Son argument est le suivant : Internet est une technologie, qui facilite un droit, mais qui n'est pas un droit en soi. Il prend un exemple simple pour illustrer son point : dans le passé, il était nécessaire d'avoir un cheval pour gagner sa vie. Mais le point important était le droit de chacun à gagner sa vie, pas le droit d'avoir un cheval. Ainsi, il ne faut pas confondre la techonologie avec le droit que celle-ci facilite, ne pas confondre le moyen avec la fin. Si internet est un formidable outil pour la liberté d'expression et l'accès à l'information, ceux-ci ne sont pas lié à cette techonologie.

Adam Thierer, du Technology Liberation Front va plus loin dans l'argumentation et ajoute que de reconnaître l'accès à internet comme un droit fondamental peut poser de sérieux problèmes dont un problème de frein à l'innovation. Selon lui, les régulations nécessairement mises en place pour assurer l'accès universel à internet aurait ainsi un effet contreproductif. Il réutilise d'ailleurs l'image du cheval pour souligner que, si la possession d'un cheval avait été reconnu comme droit fondamental à l'époque, il y a fort à parier que les lobby équestres auraient fait tout leur possible pour freiner l'apparition des voitures, trains et avions.

Certains blogueurs s'inquiètent cependant que l'on ne reconnaisse pas l'accès à internet comme un droit fondamental. Pour eux, étant donné l'importance et la puissance qu'a internet, il est important de reconnaître que l'accès à internet est un droit, afin d'éviter autant que possible que des gouvernements ne cherchent à le restreindre. Certains vont même jusqu'à comparer l'accès à internet à l'accès aux soins.

Au final, internet n'est peut être qu'un outil, qu'un moyen. Mais plusieurs événéments, dont les révolutions arabes l'an dernier, ont déjà montré que c'était un moyen si puissant et si efficace qu'on peut estimer qu'il est fondamental d'en protéger l'accès, car cela revient à protéger un moyen unique pour la liberté d'expression et d'information.

 

Vous retrouverez les principaux points de vues dans le pearltree ci-dessous. N'hésitez pas à en ajouter d'autres que vous trouveriez.

Internet Access, a Fundamental Right ? in Web issues / Web / Antoine Msika (amsika)

 

(photo : Veni Markovski)

Twitter, allié des terroristes ?

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Shurat HaDin, une ONG israelienne dont le but est de « combattre le terrorisme et promouvoir les droits civils à travers la recherche, l'éducation et la justice », menace Twitter de les poursuivre en justice si ces derniers refusent de fermer certains comptes, comme ceux du Hezbollah ou de al-Shabaab.

Pourquoi ces comptes là ?

Parce qu'ils appartiennent à des organisations qui font partie de la liste des organisations reconnues comme terroristes par le State Department. Or, Shurat HaDin appuie sa menace avec une décision de justice de 2010, le cas Holder v. Humanitarian Law Project, qui rend illégale toute forme d'assistance matérielle à une organisation inscrite sur cette liste.

Cette menace soulève deux questions :

D'abord, est ce qu'en leur fournissant une plateforme d'expression, Twitter apporte son aide aux organisations terroristes ? Certains spécialistes du 1er amendement estiment que non : l'activité de Twitter serait comparable à celle d'un magazine qui vend un espace publicitaire et reste neutre.

Ensuite : est-ce qu'obliger Twitter a fermer ces comptes ne serait pas une atteinte à la liberté d'expression ? Tant que les comptes en questions n'appellent pas à la violence ou ne profèrent pas de menace - auxquels cas ils enfreindraient alors la loi - n'est-ce pas contraire à la liberté d'expression de chercher à les réduire au silence sur les médias sociaux ? 

Il est intéressant de noter au passage que Joe Lieberman, un sénateur américain, a aussi récemment demandé à Twitter de fermer un compte utilisé par les Talibans. Twitter aurait refusé, expliquant que les Talibans n'étaient pas sur la fameuse liste. Joe Lieberman n'en était d'ailleurs pas à sa première tentative : il avait déjà demandé avec insistance à Google de retirer des vidéos postées sur Youtube. Google n'avait alors retiré que les vidéos qui enfreignaient ses conditions d'utilisations (incitations à la violence...), et avait laissé les autres.

De manière plus générale, on peut se poser la question de l'efficacite de ce type d'actions. Wired le souligne : empêcher un groupe de gens de s'exprimer sur une plateforme comme Twitter ne les empêchera absolument pas de continuer à s'exprimer. D'ailleurs, la police et le FBI semblent plutôt apprécier cette présence sur les réseaux sociaux, car elle leur simplifie la tâche, en leur permettant d'identifier des suspects, et en leur montrant les connexions entre chacun.

 

(photo : Wired)

 

 

 

#40dollars : la Maison Blanche mobilise les citoyens américains grâce à Twitter

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Il y a en ce moment un grand débat aux Etats-Unis pour prolonger un allègement d'impôt, qui représente environ 1000 $ par an pour un Américain moyen. Alors qu'une partie des Républicains essayent de bloquer cette prolongation, la Maison Blanche a décidé d’utiliser le web pour mobiliser l’opinion. L’idée est simple : si l’allègement d'impôt n’était pas prolongé, cela représenterait une perte de 40 $ par fiche de paie. La Maison Blanche incite donc chaque Américain à s'exprimer pour dire ce que représente pour lui ces 40 $.

Pour cela un site a été mis en place, avec un gros compte à rebours indiquant la date limite pour que le prolongement de l'allègement d'impôt soit validé. Mais surtout, la Maison Blanche a lancé le hashtag #40dollars sur Twitter, pour que chacun témoigne en 140 caractères de ce que réprésentent concrètement pour lui ces 40 $. Les participations sont regroupées ici.

Ce n’est pas la première fois que la Maison Blanche utilise ce genre de campagne mais, d’après Macon Phillips, son directeur Nouveaux Médias, celle-ci serait la plus efficace : plus de 17 000 personnes auraient répondu à l'appel.

Difficile de dire si cette campagne aura un impact sur le débat, mais il est intéressant de voir comment Obama utilise Twitter, pour essayer de faire évoluer le débat en sa faveur, et pour travailler son image de Président qui donne la parole aux citoyens et les écoute.

Au final, comme le souligne Techpresident, on peut observer un point commun entre cette campagne et le Tumblr 99 percent d'Occupy Wall Street : dans les deux cas, une idée est liée à un symbole simple. L'inégalité de revenus et les 99% dans un cas, une augmentation d'impôts et deux billets de 20 $ dans l'autre.

 

Washington, ici le web

Sous la pression de l’industrie du divertissement, le législateur américain est sur le point de voter une loi pour lutter contre le piratage en ligne : la SOPA (Stop Online Piracy Act). Problème : cette loi est très dangereuse car, sous couvert de protéger le droit d’auteur, elle instaurerait une censure du web similaire à celle qui existe en Chine. Pour un point rapide, je vous conseille cette vidéo :

 

Devant le véritable danger que représente cette loi, plusieurs intiatives très intéressantes ont vu le jour. L’idée n’est pas de toutes les présenter ici (vous pouvez les retrouver ) mais d’aborder quelques aspects en particulier qui me semblent vraiment intéressants.

D’abrod, Tumblr.

Leur campagne était en même temps simple et efficace: pendant une journée, ils ont eux-même censuré une partie de la timeline des utilisateurs, avant de les envoyer vers une page expliquant le danger que représente la loi. L’idée est simple : si vous ne voulez pas que Tumblr ressemble à ça demain, appelez aujourd’hui votre député. Et pour faciliter la tâche des utilisateurs, Tumblr avait tout prévu : il suffisait de remplir un petit formulaire pour que Tumblr les rappelle, leur fasse un topo sur la loi et les mette en contact avec leur député.

Bilan : 87 834 appels ont été passés aux députés. C’est, je crois, la première fois qu’une entreprise mobilise de cette manière ses utilisateurs pour les inciter à rentrer directement en contact avec leurs représentants.

Dans le même esprit, Reddit a mis en ligne hier sur sa homepage un encart  avec un compte à rebours «  20h to Fight SOPA » proposant aussi de signer une pétition puis de fournir une aide pour appeler son député.

Enfin, Wikipedia.

Comme cela a déjà fait sur la version italienne, Wikipedia envisage un blackout de sa version anglaise, remplaçant toutes les pages en anglais par une page expliquant le danger que représente SOPA. Etant donnée l'audience de Wikipedia, un tel blackout aurait certainement un impact significatif.

Pourquoi relever ces actions en particulier ? Parce qu’il est très encourageant de voir que le web a les moyens de mettre en place des outils pour mobiliser rapidement et efficacement des dizaines de milliers de citoyens. Evidemment, la bataille n’est pas encore gagnée, le texte de loi étant encore discuté aujourd’hui, et ces actions seules ne suffisant pas. Mais, couplés aux autres actions, cela peut avoir un effet étonnant.  

SOPA / Protect IP Act and They publicly opposed SOPA in Web issues / Web / Antoine Msika (amsika) Bonus : si l’on ne peut pas faire grande chose depuis la France pour combattre SOPA, nous pouvons quand même nous mobiliser contre ACTA. La Quadrature vous explique comment faire ici.

La France ouvre ses données

Data

Etalab a été mis en place en février 2011, avec pour mission de lancer le portail Open Data du gouvernement. C'est maintenant chose faite : data.gouv.fr a été mis en ligne officiellement hier matin.

Concrètement qu'est-ce qu'on y trouve ? Un peu de tout : sur les 350 000 jeux de données mis à disposition gratuitement et sous licence ouverte, permettant donc leur réutilisation, on peut trouver le budget de l'Etat, comme la localisation et la gravité des accidents de la route, ou encore la liste officielle des fromages AOC. La France suit donc les exemples américains, anglais et canadiens, et c'est une excellente nouvelle.

Quelques améliorations sont quand même attendues : 

  • Comme le relève Regards Citoyens, une partie des données sont en format propriétaires (des .xls de Microsoft)
  • La majorité des données rendues accessibles aujourd'hui l'était en fait déjà, via des portails privés, et ont en fait simplement été regroupées.

A quoi vont servir toutes ces données libérées ?

Il y a plusieurs réponses :

D'abord, l'accès à un certain nombre de données, comme les budgets des ministères et collectivités permet une plus grande transparence.

Ensuite, cela va permettre la création de toutes sortes d'applications pour faciliter la vie des citoyens. Comme le souligne Frédéric Lardinois, plus de 1100 apps ont été développées aux Etats-Unis, allant du suivi des horaires des compagnies aériennes au suivi de l'obésité Etat par Etat.

Et pour favoriser la création de ces apps, Etalab a annoncé la mise en place en 2012 de "Dataconnexions", un programme qui a pour objectif de "soutenir la dynamique d’innovation portée par l’écosystème des réutilisateurs de données publiques, en associant des médias, des acteurs de l’industrie numérique ainsi que des universités et des grandes écoles."

Au final c'est donc un lancement encourageant, qu'il faudra suivre de près.

Plus de détails dans ce pearltree :

Open Data France dans Internet et politique / Politique / Antoine Msika (a_msika)